samedi 20 juillet 2019

"Les femmes et la révolution 1770-1830" de Christine Le Bozec



"Le monde révolutionnaire féminin est un ensemble complexe, ambigu et très minoritaire, trois caractéristiques bien souvent masquées par le panache du combat."


Mon avis : <3 <3

  Je ne serai sans doute jamais tombée sur cet ouvrage si une blogueuse, Loë, ne m'avait pas interpellée sur Twitter suite à un post des éditions Passés composés (une nouvelle maison d'édition consacrée à l'histoire) qui portait sur les salons littéraires, l'une de mes passions et la raison du nom de ce blog. Ni une ni deux, j'ai demandé aux éditions qu'elles m'envoient ce livre pour vous en livrer mon avis, que voici.

Cet ouvrage aurait pu avoir pour sous-titre : "Idées reçues sur les femmes à la Révolution française". Avec ce livre, la Docteure en Histoire Christine Le Bozec tente de déconstruire tous les préjugés qui entourent les femmes à l'époque de la Révolution. À commencer par un sujet qui me tient tout particulièrement à coeur : celui des "salonnières".

Cet essai commence par le constat d'un cliché : grâce à ces salons - des lieux de réunion, souvent animés par des femmes cultivées qui recevaient des femmes et des hommes de lettres, des artistes, des hommes politiques... les femmes du XVIIIe siècle auraient été libres voire libérées. Ce que montre Christine Le Bozec avec cet ouvrage, c'est qu'il n'en fut rien. Les salons littéraires ont surtout était tenu par des femmes, des hommes voire des couples de bonnes conditions sociales. Cette minorité parisienne surexposée a mis de côté une réalité, que l'historienne a bien raison de rappeler : à la veille de la Révolution, la France comptait 26 millions d'habitants, avec parmi eux 14 millions de femmes. On comptait seulement 15% de personnes habitant en ville. À Paris, seules soixante-deux femmes tenaient un salon. Ces lieux ne reflétaient donc en rien la condition des femmes de l'époque.



Les femmes et la Révolution permet donc de revenir sur tous les clichés que l'ont peut avoir sur les femmes durant cette période historique. Des faits parfois mal compris ou, le plus souvent, méconnus. La vérité, c'est que l'écrasante majorité des femmes vivait en milieu rural, sans marge de manoeuvre personnelle dans leur vie. À l'époque, les femmes étaient uniquement considérées comme des épouses et des mères de famille. Sur les dix années révolutionnaires, des femmes se battirent durant six ans, avant que les années 1795-1799 ne laissent la place à l'exclusion et au silence. Mais il ne faut pas oublier que toutes les femmes ne furent pas révolutionnaires, à signer des pétitions, fonder et rejoindre des clubs et des sociétés populaires. Il y a bien évidemment eu des réfractaires, notamment des femmes de la noblesse ou celles qui exerçaient des métiers dans le luxe.

L'autrice a donc organisé l'essai selon un ordre chronologique et par chapitres, eux-mêmes divisés en paragraphes. La spécialiste de la Révolution française n'hésite pas à faire des répétitions et annonce le propos de chaque paragraphe suivant. Malgré cette structure universitaire, qui pourrait éventuellement effrayer les moins férus d'Histoire, cet ouvrage est extrêmement clair, c'est la raison pour laquelle je le conseille volontiers à un large public. L'écriture est agréable parce que se voulant didactique. Si le fond est concis, les exemples sont nombreux pour étayer le propos. Les noms les plus connus sont évidemment mentionnés - Olympe de Gouges, Madame de Staël... - mais également des anonymes, telle Anne-Félicité Colombe, l'une des membres les plus actives au sein des Citoyennes républicaines révolutionnaires. Accusée de diffamation, elle distribua aux pauvres les indemnités qu'elle avait perçue après avoir remporté ce procès.

S'il me fallait donner un défaut, ce serait cette même brièveté du propos car au vu de mon niveau de connaissances sur le sujet, cela ne m'aurait pas dérangé, bien au contraire, que l'ouvrage soit plus fourni. Sa concision n'altère pour autant rien au fond et je suis ravie de cette lecture, qui ne me donne que plus envie de me plonger dans les ouvrages cités dans la bibliographie contenue à la fin.

Dressant un panorama complet de la situation des femmes dans la période qui s'étendit de 1770 à 1830, la Docteure en Histoire n'omet pas pour autant de parler des hommes. Les oppresseurs (Amir, Napoléon Bonaparte), mais aussi le si peu d'hommes qui défendirent la cause des femmes, sont évoqués. Poullain de la Barre a ainsi été longtemps considéré comme le précurseur du féminisme, défendant que "l'esprit n'a point de sexe" (je ne l'ai pas encore lu mais j'ai acheté dans la collection des livres Folio à 2€ De l'égalité des deux sexes de ce même homme, que j'ai désormais encore plus hâte de découvrir). Peu l'ont pensé mais certains ont voulu défendre les femmes, notamment leur éducation ou leur droit de vote.

Ce livre m'a mis face à des vérités historiques que je n'aime pas entendre. Lire l'oppression des femmes - que je combats - m'est toujours une chose difficile. Et me laisse un sentiment de tristesse. L'autrice rappelle dans la conclusion que cette "quête d'égalité {est} aujourd'hui encore inachevée, comme le prouve l'inégalité salariale entre les hommes et les femmes en 2018." De plus, il m'a davantage fait prendre conscience de ce que fut le XVIIIe siècle, que j'adore et que je pensais pourtant bien connaître, à tort.

=> L'essai Les femmes et la Révolution est une lecture essentielle pour qui veut connaître le XVIIIe siècle et la Révolution française sous toutes ses coutures. Accessible à tous, l'ouvrage se concentre sur les femmes pour donner une vision globale de leur vie durant cette période. Opprimées dans la société, la moitié de la population du royaume s'est aussi pourtant révoltée contre la cherté de la vie et pour la reconnaissance de la citoyenneté féminine. Une lecture historique qui permet de comprendre le combat des femmes, qui est loin d'être terminé.


Résumé : ll est courant d'affirmer qu'au XVllle siècle, les femmes étaient libres, les protagonistes de cette représentation utilisant à l'envi l'argument de celles tenant salon. Si quelques cas spectaculaires ne peuvent être niés, que disent-ils de la situation de la majorité des femmes, qu'elles soient paysannes, ouvrières dans l'artisanat et l'industrie, domestiques ou bien même institutrices ? 

Christine Le Bozec procède donc à un état des lieux de la condition féminine à l'époque des Lumières, avant d'envisager leur implication et leur rôle pendant et après la Révolution française. Elle montre que malgré les barrières culturelles, et même si les révolutionnaires demeurèrent prisonniers du carcan de préjugés ancestraux, les années 1789-1795 furent bien synonymes de conquête de droits, chèrement et âprement acquis, puis difficilement conservés, avant que Bonaparte ne commence à les rogner et que la Restauration ne les supprime.


Genre : Essai historique
Publié en 2019
Pages : 224
Français


Partenariat avec les éditions Passés composés

5 commentaires:

  1. C'est une période que je connais mal. Je note si tu penses que c'est un ouvrage de vulgarisation...

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  2. Je suis contente que ce livre t'ait plu ! :) je ne l'ai pas lu, mais ta chronique donne envie !

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  3. Oui oui, c'est un ouvrage de vulgarisation donc tu peux le noter ! J'espère qu'il te plaira

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    1. Merci du conseil :-). Je ne compte pas le lire tout de suite.
      En parlant d'influence,j'ai vu que tu lisais Nellie Bly ( du coup, je l'ai acheté et je compte bien le lire). Ca fait un moment que j'ai bien envie de le lire aussi.

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