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jeudi 18 août 2016

"Le siècle de Dieu" de Catherine Hermary-Vieille



Résumé : 

L’une voulait l’or et la gloire. 
L’autre ne demandait que l’amour de Dieu. 

  Passionnée par l’Histoire et ses destins intimes, la romancière Catherine Hermary-Vieille, prix Femina pour Le Grand Vizir de la nuit, fait revivre le règne de Louis XIV et les débuts de la Régence dans une fresque éblouissante. 
  Quand elle arrive en 1665 à Paris, Anne-Sophie n’a que seize ans mais beaucoup d’espérances. Issue de la noblesse bretonne, elle a quitté Lannion avec sa cousine Viviane pour se marier à un homme qu’elle ne connaît pas. Tandis qu’elle s’émerveille de la découverte de Paris, fréquente le salon de Melle de Scudéry et côtoie Mme de Sévigné, Viviane fait vœu de pauvreté en épousant la cause des Sœurs de la Charité et en se rapprochant de Jeanne Guyon. 
  S’inspirant de ces deux chemins opposés, la plume flamboyante de Catherine Hermary-Vieille embrasse les contradictions d’une époque d’ombres et de lumières. Des fastes de Versailles à la misère du peuple qui crie famine, de l’exil de Fouquet à la révocation de l’édit de Nantes en passant par les fabuleux portraits de Mme de Maintenon et Ninon de Lenclos, de Fénelon et de Bossuet, l’inoubliable roman du Grand Siècle.

Mon avis : <3 <3

  J'ai acheté ce livre en raison d'une référence figurant dans le résumé : "le salon de Mlle de Scudéry". Je suis passionnée par la Préciosité et autant vous dire que revivre la vie de salon de Mlle de Scudéry par l'intermédiaire d'un roman m'enchantait. L'histoire comporte ainsi de nombreuses références au salon tenu par la charmante Madeleine de Scudéry. J'ai lu ces lignes avec avidité car c'est la première fois que je lisais un roman mettant en scène les Précieuses. Ainsi, dès le début de l'histoire, on est plongé avec Anne-Sophie aux côtés des Précieuses, ainsi que de Ninon de Enclos (figure féminine que j'ai très envie d'apprendre à connaître). Catherine Hermary-Vieille s'est bien renseignée sur les Précieuses. Il est ainsi question de la fameuse carte du Tendre, des fréquentations de Madeleine de Scudéry (hormis le fait qu'il n'est pas du tout question de son frère, Georges), de ses "samedis", jour où elle tenait alors son salon. J'ai beaucoup aimé cette ambiance où l'héroïne (ou du moins une des héroïnes), Anne-Sophie, est conviée.

   Le résumé est trompeur car il n'y a pas que deux personnages principaux mais trois. Anne-Sophie est une jeune fille de seize ans qui est mariée et est ainsi contrainte de quitter sa Bretagne natale. Très vite, elle va être plus attirée par la gloire que par sa vie conjugale. Sa cousine, Viviane, s'intéresse quant à elle beaucoup à Dieu et fait preuve de charité en donnant toute son énergie pour aider les nécessiteux. Le personnage que l'on pourrait ajouter aux principaux protagonistes est Jeanne Guyon, une femme mystique et plus soucieuse de questions religieuses que de ses enfants. Je ne m'attendais pas à ce troisième personnage qui est cependant important puisqu'elle est présente tout le long du roman. Je n'ai pas trop compris ce personnage, et je ne me suis pas identifiée aux deux premières non plus. Je n'arrivais pas à me mettre dans leur peau.

   La religion est un thème très important du livre. Je conseille ce livre à ceux qui ont déjà des connaissances préalables sur la période : fin 1664-1730. En effet, l'auteure donne beaucoup d'informations sur le contexte historique et j'ai parfois l'impression qu'il y avait plus d'Histoire que d'histoire. La trame romanesque est supplantée par la période historique dont l'auteur nous donne énormément de détails. Le style est bref, Catherine Hermari-Vieille résumant en de courtes phrases les actions du récit pour laisser la place à la trame historique. Chaque chapitre concerne une année particulière et fait que l'on s'y retrouve aisément.

=> Entre les Précieuses et "Dieu", ce roman est très complet sur le plan historique, mais la trame romanesque en sort un peu diminuée.

Genre : Roman
Publié en février 2013
Pages : 357

mercredi 10 août 2016

La Préciosité et ses Précieuses

Allumez un supplément de soleil (une chandelle), installez-vous confortablement dans les commodités de la conversation (un fauteuil) et laissez-vous porter par l'histoire des Précieuses, ces femmes d'excellence...

Qu'est-ce que la Préciosité ?

La Préciosité est un phénomène socio-littéraire qui atteint sont point culminant dans les années 1650 autour d'une aristocratie lettrée, dans les cercles mondains, les salons particuliers français. Ce n'est pas vraiment un genre mais plutôt un courant qui reflète l'évolution des moeurs de la bonne société.
Cette mode s'explique par la volonté de se distinguer de la grossièreté de la cour de Henri IV et ainsi d'introduire dans le langage plus d'élégance et de pureté. Les précieuses voulurent imposer l'élégance dans le costume, la conversation, le raffinement des sentiments et dans l'ambition féminine de participer aux manifestations littéraires et d'avoir une activité critique.


Une soirée chez madame Geoffrin, Gabriel Lemonnier


Les lieux précieux

C'est dans les salons tenus par des femmes de l'aristocratie parisienne qu'éclot la préciosité. Il existe deux centres marqués par cette galanterie : l'hôtel de Rambouillet et le salon de Mademoiselle de Scudéry.

L'hôtel de Rambouillet


Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet


L'hôtel de Rambouillet est actif dans les années 1630-1640 mais la Fronde lui porte un coup fâcheux. Le salon se tenait sous la houlette de Catherine de Vivonne (1588-1655) qui portait le pseudonyme d'Arthénice (anagramme de son prénom) et que l'on se plaisait à surnommer "l'incomparable Arthénice". Dans ce salon figure toute l'aristocratie cultivée mais on accueille aussi des hommes de lettres qui ne sont pas forcément de l'aristocratie, comme le célèbre Vincent Voiture. On y voit donc toutes les célébrités de l'époque : Malherbe, Racan, Jean-Louis Guez de Balzac, Vaugelas, Patru, Pierre Corneille, Rotrou, Saint-Évremond... et des femmes telles que Julie d'Angennes, Mlle Paulet, Mme de Sablé, Mme de La Suze...
On s'occupe par des plaisanteries, des jeux de société et des divertissements littéraires. Cet hôtel est resté célèbre pour La Guirlande de Julie (1790), une oeuvre écrite à plusieurs mains. Montausier faisait la cour à Julie d'Angennes, la fille de la marquise de Rambouillet, et il a demandé à chacun d'écrire un poème sur elle. Georges Scudéry, Desmarets de Saint-Sorlin et Jean Chapelain entre autres, y participeront.

Le salon de Madeleine de Scudéry

Madeleine de Scudéry


La seconde génération du courant précieux fera preuve de plus d'ambition. Le salon de Madeleine de Scudéry (1607-1701), plus littéraire que mondain, est celui d'un réel écrivain : ses romans sont publiés sous le nom de son frère Georges mais elle inaugure la tradition des femmes de lettres émancipées. Ainsi, elle est l'auteur d'Artamène ou  le Grand Cyrus (1649-1653, disponible chez GF) et de Clélie, histoire romaine (1654-1660, disponible chez Folio). Son salon devient une référence entre 1653 et 1660. Ses "samedis" sont très courus. Madeleine de Scudéry obtient ainsi une pension de Mazarin et l'amitié de futurs grands écrivains, tels que La Rochefoucauld, Mme de Sévigné et Mme de Lafayette. Ce salon est moins fermé que l'hôtel de Rambouillet et s'étend à Paris et en province. 


Dans les salons précieux

Somaize, dans son Grand dictionnaire des Précieuses (1661), fait du salon un des piliers de la préciosité. La conversation mondaine va alors supplanter la conversation masculine entre érudits. Rappellons que les femmes n'ont pas étudié les Anciens au collège comme les hommes, et vont ainsi privilégier la conversation à l'érudition et à la rhétorique. Elles fondent ainsi une forme de culture centrée sur la poésie et le roman. La culture précieuse se fonde sur l'oralité, se distinguant ainsi d'une culture livresque et scolaire.
Les activités des Précieuses sont diverses : vers, jeux de société, débats sur la psychologie amoureuse ou la littérature, ainsi que cultiver le raffinement aussi bien dans le langage que dans les moeurs. On y fait aussi beaucoup de poésie dans des genres à la mode : l'impromptu, l'épître en vers, l'élégie, le sonnet, le madrigal (petit poème spitiruel à sujet galant), les billets plaisants, la maxime, l'épigramme ou le blason. Le sujet principal de ces écrits est l'amour, respectueux des convenances. On lit aussi certains soirs des romans tels que L'Astrée d'Honoré d'Urfé ou Le Grand Cyrus et la Clélie de Madeleine de Scudéry.
Il y eu les salons mais aussi les ruelles, un espace laissé entre le lit et le mur, où se tiennent les amis intimes de la dame qui reçoit dans sa chambre, allongée dans son lit.

La Carte du Tendre


Véritable géographie de l'amour, la Carte du Tendre présente les différentes étapes d'un parcours amoureux idéal : les rivières "l'Estime", et la "Reconnaissance", conduisent à la "Tendresse" après avoir traversé les villages de "Jolis-vers", "Billet-galant" et "Billet-doux". Laissez-vous promener !

Les critiques

Les Précieuses s'attirèrent les railleries de leurs contemporains par leur excès. Elles furent la cible de satires et raillées pour leur jargon compliqué, l'affectation de leurs manières et leur refus de l'amour sensuel.
Le langage recherché et parfois ampoulé a été remis en cause par Somaize ou encore Molière qui critiqua les bourgeoises ayant copié les Précieuses dans sa pièce Les Précieuses ridicules de 1659. Le mot "précieuse" fut alors pris péjorativement et encore aujourd'hui on s'en sert pour désigner une personne affectée dans son air, dans ses manières et surtout dans son langage.
Il existe des débats sur cette catégorie littéraire car pour certains elle est nulle et non avenue. Ainsi, par exemple, Alain Viala préfère parler de "galanterie". La Préciosité n'est pas une catégorie universellement reconnue.

Un héritage précieux

Ces réunions eurent une importance capitale pour la formation du goût et de l'esprit français et la constitution de l'idéal classique. La préciosité est restée un idéal que recherchèrent des écrivains tels que Mallarmé, Proust, Giraudoux ou encore Paul Valéry.


Madame de Montespan (1640-1707)
Elle fréquenta les salons précieux dans sa jeunesse



Pour en savoir plus :



Vous pouvez aussi écouter cette émission sur France Inter : http://www.franceinter.fr/emission-les-femmes-toute-une-histoire-les-femmes-et-la-litterature-des-precieuses-aux-ecrivaines-d-.


-> Dans un prochain article, je vous parlerai... vocabulaire précieux !


Par Mandarine, une Précieuse d'aujourd'hui

samedi 15 novembre 2014

"La Princesse de Clèves" de Madame de La Fayette


Je lui dis encore que, si elle n'avait pas la force de l'épouser, ou qu'elle lui avouât qu'elle en aimait quelque autre, il ne fallait point qu'il s'emportât, ni qu'il se plaignît ; mais qu'il devrait conserver pour elle de l'estime et de la reconnaissance.
(conseil de monsieur de Clèves à Sancerre, qui marque une certaine ironie puisque lui-même n'appliquera pas son conseil par la suite..., page 99)


Cadre : Cour des Valois, XVIème siècle

Contexte historique : traité de paix de Cateau-Cambrésis le 3 avril 1559 qui met fin à la guerre entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. 

Personnages :
    3 principaux :



  • Mademoiselle de Chartres qui deviendra après son mariage Princesse de Clèves ou madame de Clèves
  • Monsieur de Clèves : son mari
  • Le duc de Nemours
  • Le roi Henri II
  • Catherine de Médicis : épouse légitime de Henri II
  • Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois : d'abord la favorite de François Ier. Elle sera contrainte à l'exil après la mort d'Henri II
  • La reine dauphine Marie Stuart : belle-fille de Henri II, épouse de François II
  • La Maison de Guise : le duc de Guise, le cardinal de Lorraine, le chevalier de Guise
  • Madame de Chartres : mère de la Princesse de Clèves
  • Le vidame de Chartres

Résumé : « La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second », et c'est bien sur le théâtre de la brillante cour des Valois que se noue et se joue la passion de la princesse de Clèves et du duc de Nemours. Passion tacite, et qui ne s'exprime longtemps que par des signes : un portrait dérobé, la couleur d'un vêtement au tournoi, la soudaine émotion d'un visage. Passion tragique, aussi, dont la mort est la conséquence imprévue. 
Si La Princesse de Clèves, lors de sa parution en 1678, est le livre le plus immédiatement commenté de son époque, c'est que, sans rompre totalement avec le roman antérieur, il y introduit le souci de vraisemblance et de brièveté qui caractérise alors la nouvelle, et concilie de manière neuve narration et psychologie. Le premier des romans d'analyse ? Certainement. Mais simplement, aussi, un grand roman sans romanesque.


L'auteur : Madame de Lafayette, de son vrai nom Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, est issue de la petite noblesse et appartient à l'aristocratie cultivée. Orpheline de père à 15 ans, sa mère se remarie avec un oncle de la marquise de Sévigné, d'où l'amitié entre les deux futures femmes de lettres. À 21 ans, elle épouse le comte de Lafayette qui a alors 39 ans. Comme ce dernier est occupé à des procès sans fin, Madame de Lafayette réside seule à Paris. Elle est une fidèle des salons, et tout particulièrement celui de l'hôtel de Rambouillet ; elle fréquente ainsi les ruelles des précieuses et ouvre son propre salon rue de Vaugirard. Elle fut amie avec La Rochefoucauld, qui l'aurait aidé à écrire La Princesse de Clèves. À la fin de sa vie, elle perd son mari et son ami La Rochefoucauld et se retire alors pieusement, tout comme la Princesse de Clèves à la fin du roman.

Ses oeuvres principales sont : 
  • La princesse de Montpensier (1662)
  • Zayde (1671)

Mon avis : <3 <3 <3
  J'avais déjà lu ce roman étant plus jeune mais j'avais eu du mal à en garder des traces dans ma mémoire car la première lecture de ce roman est plutôt difficile et en nécessite une deuxième. Lorsque l'on débute la lecture de l'oeuvre, on a un panorama dense des personnages de la Cour de Henri II et de leurs liens de parenté, d'amitié ou encore d'inimitié. Le texte vaut une relecture rien que pour cela. Mais j'ai trouvé intéressante cette mise en scène de personnages historiques et de sang royal par une femme de lettres, une précieuse qui plus est.
  Si vous ne le savez pas encore, je voue depuis septembre dernier un intérêt immense pour le phénomène social de la Préciosité, dont je vous parlerai prochainement sur le blog. Je lis en ce moment la thèse de Myriam Dufour-Maître (Les Précieuses : Naissance des femmes de lettres en France au XVIIème siècle, Honoré Champion, 2008) et je me régale (ou presque) !
  J'ai adoré l'écriture de l'auteur, et en relisant l'oeuvre une troisième ou quatrième fois, je n'ai pas arrêté de souligner des phrases tellement j'en trouvais de belles. Comme quoi, la relecture n'est que bienfait, il suffit juste de le faire (je relis peu les oeuvres, en ayant tellement d'autres à découvrir...). Le style de l'auteur est fluide et j'ai noté de nombreuses répétitions de mots ou de polyptotes (figure qui consiste à reprendre un terme déjà énoncé en lui faisant subir des variations morphosyntaxiques).
  L'histoire d'amour de la Princesse de Clèves et du duc de Nemours est belle et l'histoire m'a bien plu. Je ne partage seulement pas la fin, qui me déçoit énormément. J'en attendais plus. Le personnage du prince de Clèves est un obstacle à la passion amoureuse, point central du récit, et je ne l'apprécie pas beaucoup, même s'il me fait énormément pitié de ne pas être aimé par sa femme. 
L'histoire du portrait m'a bien fait rire, ainsi que celle de la lettre. Madame de Lafayette sait raconter les histoires et le fait qu'elle ait inséré des récits ne m'a pas dérangée car cela permet de connaître, par exemple, l'histoire d'Anne de Boulen racontée par la reine dauphine elle-même, etc. Étudier cette oeuvre a été un pur délice, même en faisant des commentaires de texte je prenais un plaisir non dissimulé à analyser cette si belle écriture. J'ai très envie de découvrir les autres oeuvres de l'auteur que je ne connaissais pas (Zayde, Histoire de madame Henriette d'Angleterre dont Madame de Lafayette était très proche) et de relire La Princesse de Montpensier !

=> Une oeuvre que vous devez absolument lire si ce n'est déjà fait, et qui ne pourra pas vous laisser insensibles...


Genre : Roman
Publié en 1678
Pages : 239
Français

À lire :