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lundi 10 avril 2017

J'ai découvert la plume de : Jean Teulé avec "Heloïse, ouille !"


Abélard, enfilant sa chemise brodée, quitte aussitôt le lit pour aller graver dans la tablette de cire dénichée sur le pupitre de la scolaire (qui n'a pas beaucoup servi depuis quatre mois, je parle bien sûr du pupitre) ce dialogue original qu'ils se sont déjà lancé deux fois : - C'est beau... On dirait le refrain d'une rengaine qui pourrait devenir populaire. Je te hai-ai-ais ! Mais moi aussi-i-i-i je... 
Résumé : Jean Teulé revisite les amours tumultueuses d'Héloïse et Abélard dans une version d'une modernité ébouriffante. À la fin de sa vie, Abélard écrivait à Héloïse : « Tu sais à quelles abjections ma luxure d'alors a conduit nos corps au point qu'aucun respect de la décence ou de Dieu ne me retirait de ce bourbier et que quand, même si ce n'était pas très souvent, tu hésitais, tu tentais de me dissuader, je profitais de ta faiblesse et te contraignais à consentir par des coups. Car je t'étais lié par une appétence si ardente que je faisais passer bien avant Dieu les misérables voluptés si obscènes que j'aurais honte aujourd'hui de nommer. » 
Depuis quand ne peut-on pas nommer les choses ? 
Jean Teulé s'y emploie avec gourmandise.

Mon avis : <3

  Pour une découverte, c'est une sacrée découverte ! L'auteur ne mâche pas ses mots et d'entrée de jeu on est voyeur de rapports sexuels entre deux individus, le tout raconté d'une manière "cash". Je ne connais pas Jean Teulé mais on m'a assuré que dans ses discours il était franc, ce que je n'ai plus de mal à croire.

Je n'ai pas détesté cette lecture, ni non plus, adoré. Je l'ai lu, point final. Le récit ne tourne pas autour du pot, les faits brusques et le ton vulgaire mais ce que je trouve intéressant est de voir la réappropriation qu'a faite Jean Teulé de l'histoire d'amour entre Héloïse et Abélard. D'amour, il l'a transformé en relation torride. Sa plume ne m'a pas conquise mais j'ai apprécié que chaque phrase latine soit traduite, ce qui permet que ce livre soit accessible. Je valide le fait que l'auteur se soit inséré dans l'époque, en utilisant son langage et ses coutumes, car j'avais peur qu'il n'ait trop moderniser le récit. Même s'il y a des expressions modernes, le tout donne un roman assez atypique.

Je connais l'histoire d'Héloïse et Abélard grâce à la lecture que j'avais faite de Très sage Heloïse de Jeanne Bourin, un roman historique paru en 1982. Je suis plutôt réaliste donc cette lecture-ci m'a plus apportée en termes d'informations mais je garderai le souvenir de Heloïse, ouille ! comme un roman détente qui m'a permis d'entrer dans l'univers de l'auteur.

=> Héloïse, ouille ! est surprenant de crudité et de drôlerie. Mêlant Histoire et modernité, voilà une lecture bien atypique pour qui se laisse tenter par l'univers de l'auteur.



Genre : Roman
Publié en 2015
Pages : 336
Français



Découvrir un auteur :
Jean Teulé

lundi 27 février 2017

"La salamandre et les deux cavalières" d'Émile Turbet



Résumé : La douce Haremburgis et sa dame de compagnie Dame Lambert écument les routes à la recherche du bel Enguerrand, enlevé par des brigands. Au fil de leur périple, elles rencontrent une vieille femme, un aveugle, un noble, une petite fille et bien d’autres personnages. Chacun narre une fable, une histoire, ou un conte, qui sème des indices afin de retrouver Enguerrand. Haremburgis et Dame Lambert parviendront-elles à le rattraper ? Ont-elles eu raison de se lancer dans cette quête ?

Mon avis : <3 <3

  Cette lecture m'a été proposé par les éditions Librinova. C'est bien le côté moyenâgeux qui m'a interpellé. Je ne lis que rarement des histoires se passant à cette époque et j'avais bien envie de m'y plonger à nouveau...

Haremburgis et sa dame de compagnie Dame Lambert partent à la recherche de l'amoureux de Haremburgis, Enguerrand. Rien que les prénoms nous invitent à changer d'époque. Mais contrairement aux apparences, ce livre n'est pas (qu')une histoire d'amour. J'apprécie le fait que l'auteur ne soit pas tomber dans le cliché du chevalier servant volant au secours de sa dame. Dans cette histoire, ce sont deux femmes qui partent à la quête de quelqu'un. Je n'ai juste pas apprécié le "régime" que fait Haremburgis pour son amoureux - ce qui sonnait contemporain. Une fausse note qui aurait facilement pu être évitée.

Je n'ai pas été déçue par ce voyage dans le temps. Un aller-retour aux alentours de 1100 s'est imposé. J'ai adoré le langage du récit, qui est lui aussi inspiré du Moyen Âge. Il y a certes quelques maladresses de langage - des mots sonnant un peu trop contemporains (comme "expérience"), mais je pense que ce sont des choses qui pourraient être facilement changées.

Ce qui rend le récit moyenâgeux, ce sont également ces petites histoires ou fables qui sont insérées dans chaque chapitre. Même si le schéma du livre devient lassant à force de se répéter - Haremburgis et Dame Lambert rencontrant à chaque fois une nouvelle personne qui leur raconte une nouvelle fable. Si toutes ne m'ont pas convaincu, j'ai beaucoup aimé les univers à laquelle elles renvoient, avec un monde fantastique composé de fée-sorcière, géant, aigles.... Un plaisir !

À force de berner cette quête auprès des deux cavalières, il ne fallait pas me berner avec une fin heureuse... Heureusement, il n'en est rien. L'auteur a su trouver une fin juste, et qui résout bien des points.

=> Une histoire se passant au Moyen Âge qui contient quelques maladresses mais le récit et la quête du bel Enguerrand font passer un agréable moment ! 


Genre : Roman
Publié en 2016
Pages : 239
Français


Thème « Cœurs sur toi » (2/12)

dimanche 23 août 2015

"Histoire de M. le marquis de Cressy" de Madame Riccoboni


Résumé : «Le marquis trouva le moyen de lever les faibles scrupules d'Hortense ; elle se donna à lui ; elle oublia la tendresse et les bontés d'une amie, pour jouir du goût passager d'un amant. Quelle différence! Quelle perte! Quoiqu'on en puisse penser dans l'égarement de son cœur, un amant ne vaut pas une amie.» 

Marie-Jeanne Riccoboni (1713-1792), amie de Diderot, David Hume et Horace Walpole, fut longtemps actrice à la Comédie-Italienne avant d'écrire des romans qui connurent un succès considérable. Publié en 1758, Histoire de M. le marquis de Cressy met en scène un homme ambitieux partagé entre deux femmes.

Mon avis : <3 <3 <3
 
J'ai gagné ce livre sur le blog terraromantica.canalblog.com (les Îles de My). Voulant récompenser les personnes qui lui laissaient le plus de commentaires, elle nous a proposé de choisir nous-mêmes un titre parmi les Folio à 2 €. Cela ne pouvait pas mieux tomber car j'essaie de me procurer tous les titres de la collection Femmes de lettres que Folio propose (ou en tout cas, les oeuvres de femmes écrivains des XVIIème et XVIIIème siècles). Mon choix s'est donc porté sur Madame Riccoboni (1713-1792). Son nom me disait vaguement quelque chose et je me souviens vaguement de la suite qu'elle a écrite en 1751 pour le livre de Marivaux La Vie de Marianne (une oeuvre absolument géniale que je vous empresse de lire, soit dit en passant). Le nom ne vous dit certainement pas grand-chose. Marie-Jeanne Riccoboni était une actrice à la Comédie-Italienne, mais on ne lui prêtait que peu de talent, comme en témoigne Diderot : "Personne ne parle mieux d'art, personne ne joue plus mal". Mariée à un acteur et auteur pour le théâtre, Antoine-François Riccoboni, elle s'en sépare cependant en 1755. Non seulement Folio remet au goût du jour des femmes de lettres oubliées, mais, en plus, la préface (ici de Martine Reid) et des éléments biographiques ne vous laisseront pas sans savoir qui sont ces femmes de lettres. Je vous invite donc franchement à vous pencher sur cette collection, si ce n'est déjà fait.

Madame Riccoboni (1713-1792)

L'Histoire de M. le marquis de Cressy est une histoire d'amour, un thème après lequel je ne cours pas d'habitude, mais la façon dont l'a traité Madame Riccoboni et le fait que cela soit ancré au XVIIIème siècle m'a plu à bien des égards. Tout d'abord, le style d'écriture me plaît évidemment énormément : la langue est pure et soignée. J'adore les romans du XVIIIème siècle pour deux raisons : une langue agréable à lire et la présence de lettres qui sont souvent enchâssées dans le récit - ce qui fût le cas ici. De manière générale, j'adore les romans épistolaires et je suis toute contente lorsque je ne trouve ne serait-ce que quelques lettres dans un roman. Ici, les lettres sont nombreuses et cela m'amuse car à l'époque c'était le seul moyen de communiquer à distance. Ensuite, cette - ou ces - histoire(s) d'amour ne sont pas ce à quoi je m'attendais. L'auteure a su me surprendre. Je m'attendais à une banale histoire mais cela aurait été sans compter sur le génie de l'auteure. Je ne peux vous en parler plus sans me trahir mais je suis convaincue que l'auteure n'en est pas à sa seule réussite littéraire. À travers l'infidélité du marquis de Cressy, Madame Riccoboni nous rappelle la bigamie de son père qui eut des conséquences dans sa propre vie. Le marquis est un être que j'ai évidemment détesté pour ce qu'il fait mais ses actes sont racontés avec tant de profondeur. Madame Riccoboni nous immerge dans sa tête pour nous dire tous ses sentiments et ses intentions. Il faut dire qu'il est face à quatre femmes : Adélaïde du Bugei, la comtesse Mme de Raisel, Mme d'Elmont et Mlle Hortense de Berneil. Ces quatre femmes (aux noms un peu étranges et difficiles à prononcer je trouve) ont des caractères bien différents. Les deux premières sont pleines de gentillesse et de bonté mais les deux suivantes sont méchantes et intéressées. L'amour n'a qu'à bien se tenir !!

=> Je suis heureuse de cette lecture ! Quel plaisir de lire une histoire d'amour avec une si belle écriture ! Je vous encourage vivement à découvrir cette oeuvre. Pour ma part, j'ai dans l'idée de tenter de trouver et lire les autres oeuvres de Madame Riccoboni mais elles ne seront  certainement pas aussi faciles d'accès, pour mon plus grand regret !




Genre : Roman
Publié en 1758
Pages : 119
Français